Beaucoup de monde pour cette soirée de remise des clefs de la ville. Et du beau monde..en fait, tout le gratin de Barcelone est là, qui de son costard le plus high-tech, qui de sa robe la plus flashy. Un gentil petit brouhaha de soirée mondaine en background, avec cà et là quelques éclats de rire aigües et forcés, et toujours le glouglou pétillant des bouteilles de champagnes qui se vident. Mais on est pas n'importe où là. Non. On est dans la maison Batlo. Ou plutôt "la casa Batlo", une des plus célèbres demeures construites par le grand architecte espagnol du vingtième siècle, Antonio Gaudi, et située sur le passeig de Gracia. Le maire de la ville a tenu à ce que la cérémonie se passe ici, pour rendre hommage au jeune et talentueux Frederic Demongeot.
-Senores y Senoras, un poco de silencio por favor (le maire)..
Le silence se fait progressivement.
-(le maire à nouveau) : Eccepcionalmente, hablaré en Frances...
Petits rires entendus dans la salle..
-Mesdames, méssieurs... Il est des génies catalans qui ont marqué lé vingtième siècle : Salvador Dali en fut un. Antonio Gaudi en fut un autre, qui a bâti cette magnifique maison où nous nous trouvons cé soir. Mais le génie n'a pas de frontière et il sait traverser les siècles. Et oun génie, j'en ai un à côté de moi en cé moment . C'est pourquoi, en raison des services qu'il a rendou à notre ville en tant que décorateur et architecte dé gran talent, et pour avoir entièrement rénové oun des plus beaux quartiers de Barcelone, jé l'honneur de remettre ce soir les clefs de notre chère ville à Monsieur Frederic Demongeot, citoyen français, mais surtout artiste du monde entier !!
Applaudissements nourris...
Fred est là, debout à côté du maire et ces applaudissements lui sont destinés..les flash des appareils photo crépitent..il est très ému..
Deux minutes de vrai bonheur. Et à suivre un bon quart d'heure de serrements de main, de baisers chaleureux, d'encouragements sincères.
Une fois ce moment passé, le gentil brouhaha mondain revient s'installer petit à petit. La foule se disperse dans les différentes pièces de la maison, verre à la main. Fred est en train de remercier le maire, lorsque son Pda vibre dans la poche de sa veste.
-Allo ?
-Salut Fred, c'est Tony..je te dérange pas ?
-attends deux secondes... (au maire) : excusez-moi, je dois vous laisser quelques minutes...un appel important.
-no te preocupes, Frederic, vale...(le maire)
-(Fred, reprenant son Pda et s'éloignant du maire). Tony ? comment vas tu ?....mais dis-moi, j'ai un algorithme qui est en train de défiler sur mon Pda, tu serais pas en train de m'appeler sur la ligne secrète, depuis l'U.D. ?
-heuu...en fait, oui, on est là-bas, avec Marcia..et on attend Ahmed qui doit arriver demain, si tout va bien..
-Si tout va bien ?..Mais qu'est-ce qui se passe ? je t'en prie, Tony, dis moi la vérité..
Petit topo de Tony à Fred sur les évènements des derniers jours. Pas le temps de s'étendre trop longtemps sur la situation et de lui faire part de ses convictions profondes.
-Bon, j'ai compris..je rapplique (Fred)
-Ok, Fred, on t'attend...au fait, j'ai changé le code de l'entrée pour plus de sécurité. Tu le trouveras là où tu sais. bye..et prends soin de toi..
-ciao Tony..
Fred revient vers le maire, il a décidé de faire honneur à sa soirée et de rester jusqu'au bout. Mais dès demain, au petit jour, il prendra un avion pour Cannes. Même s'ils ne se sont pas vus depuis longtemps, les "quatre" sont toujours restés dans son coeur et les souvenirs qu'il a d'eux sont indélébiles. Aucune hésitation pour lui. Demain, il va tout mettre en oeuvre pour qu'on retrouve Robert.
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05380.
ZERO...BIP....FIVE...BIP...THREE...BIP...EIGHT...BIP...ZERO...BIP...
ACCESS GRANTED...
Ahmed vient de composer les cinq chiffres du code d'ouverture de la porte. Il a traversé pour cela les quelques cinquantes mètres qui séparent la trappe, de l'entrée proprement dite du complexe Underground Dream.
Il leur en fallu du temps, cinq ans plus tôt, pour agrandir la trappe et le tunnel-canalisation, afin d'en permettre l'accès à tout le matériel qu'ils durent transporter et entreposer dans les sous-sols. Robert avait fait un boulot extra : grâce une analyse minutieuse des plans de canalisation du secteur-"Martinez", à des recoupements, à des lectures historiques et bien sûr à des conversations avec le maire de la ville, il avait fini par déduire que l'entrée exacte de cette vieille cachette se trouvait dans le sous-sol d'un magasin désaffecté. Et il avait raison. Ce magasin n'était autre que la vieille épicerie fermée qui se trouvait en face de l'immeuble de Tony.
Tout ne fut après que transformation, agrandissement, facilitation d'accès. Tout cela dans une discrétion absolue bien sûr. Ca se passait toujours la nuit, avec du matériel très silencieux, souvent inventé par Ahmed qui donna alors toute la mesure de son génie.
L'apport logistique de Palska ( Elle avait fait venir par containers directement de Russie toute une armada de robots-constructeurs) fut pour le projet une aide inappréciable. Ces robots devaient bien sûr être acheminés jusqu'au lieu de construction dans le plus grand silence et le plus grand secret. Palska se révéla géniale dans l'art de l'intrusion et de la dissimulation. Techniques dignes d'un débarquement militaire. Bon, elle était pas Russe pour rien.
Et puis, ils prirent leur temps. Mieux valait privilégier la discrétion et l'efficacité plutôt que la rapidité et les risques de fuite.
Au bout de six mois de travaux acharnés, de nuits blanches, de week-ends sacrifiés, de vacances laborieuses..ils réussirent...ils et elles bien sûr, puisque le groupe était maintenant formé de sept personnes à temps plein. Sauf pour Carla, qui avait des tournages cinématographiques à effectuer régulièrement.
Le 14 mars 2040, l'UNDERGROUND DREAM était opérationnel.
Dans l'euphorie des premiers moments, ils y séjournèrent presque à temps plein. Ne prenant que de rares bouffées d'air pur à l'air libre. C'était leur jouet, leur bébé, leur fantaisie devenue réalité.
Ce fut une succession de fiestas pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois : le moment de la récompense qui suit les moments de dur labeur. Lachage complet. Ahmed aurait dit phénomène de décompensation.
Et puis, au bout de 3 mois, ils se dirent quand même qu'ils avaient une vie sociale et professionnelle à mener à l'extérieur. Il fallait qu'ils se bougent !!
Chacun reprit sa vie...et Dieu sait que leur chemin divergèrent pas mal !! mais pendant la première année après la construction, ils se réunirent régulierement dans leur repaire et y apportèrent beaucoup de modifications, surtout technologiques...Car toute l'architecture et la déco intérieure étaient bien en place.
Ils se dirent aussi que l'U.D. serait pour eux une sorte de Q.G. dormant, c'est à dire qu'ils pourraient l'activer à n'importe quel moment, même après une longue période d'absence. Car ils savaient bien que leur vie professionnelle allait être trépidante....les uns ayant des projets dans les affaires, qu'elles soient commerciales ou politiques....les autres rêvant sinon de gloire, du moins d'une certaine notoriété.
Palska pensait que pour l'espionnage commercial ou industriel, ca serait pas mal non plus!!!! car ce complexe souterrain était doté des dernières merveilles de la technologie du milieu du vingt et unième siècle et en liaison directe avec l'extérieur. Bon... ce n'était qu'un joke ! Palska adorait provoquer. Carla Moore, déjà super connue en tant qu'actrice, voyait ce lieu comme un hâvre de paix et un échappatoire à des paparazzis trop gourmands!
En tout cas, que ce soit pour le fun ou pour des affaires plus sérieuses, ils pensaient que l'Underground Dream leur serait de toute façon très utile tout au long de leur vie. Et ils ne se trompaient pas.
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Donc Ahmed entre dans le "rêve de Fred"...il est minuit...Marcia et Tony, sont en train de boire un "Marokko" (un "Marokko, c'est 3 doses de café glacé pour une dose de whisky, servi de préférence dans un verre long et étroit), assis sur les sièges hauts du bar, dans la salle-lounge du premier sous-sol (ou niveau 1)...ils l'attendent tranquillement....l'air est doux et frais.
Mais à quoi ca ressemble exactement l'underground dream ?
Pendant qu'Ahmed, Marcia et Tony se retrouvent chaleureusement, on va faire un peu le tour du propriétaire....
D'abord, l'U.D., c'est une ambiance.
Fred, très largement influencé par l'architecture espagnole, a voulu un truc genre "Alhambra de Grenade". La piscine-jardin, au 3eme et dernier sous-sol, reproduit assez fidèlement les jardins et les fontaines de ce palais construit par les Arabes au treizième siècle. Les jets d'eau, installés tout autour de la piscine forment un alignement d'arches cristallines. Au centre de celle-ci, une immense vasque fleurie. Tout autour du bassin, une végétation luxuriante : des plantes odorantes, des arbres en fleur, des palmiers nains. Une débauche de couleurs : rouge, violet, jaune, vert, rose...disséminés un peu partout dans cette nature, de petits bancs en pierre pour s'assoir et discuter lorsqu'on est sorti du bain.
Le raffinement.
Pour rajouter à cette atmosphère dépaysante, tout le plafond voûté de cette immense pièce rectangulaire a été traité avec de l'éclairage samplé, c'est à dire qui imite à la perfection le ciel avec toutes ses nuances, son intensité de lumière, ses nuages, son soleil. Cela peut aller du petit matin au coucher du soleil, et d'ailleurs le "light-sampler" est directement relié à l'horloge de l'ordinateur central. De même que le "air-sampler" qui reproduit fidèlement l'air naturel et toutes les odeurs subtiles et suaves de la nature.
On monte ensuite au deuxième sous-sol par l'ascenseur principal. Là, une sorte de cloître carré. A l'interieur du cloître, un magnifique patio. Une fontaine de pierre au centre...de petites tables et chaises installées ca et là..un peu ambiance café oriental, avec des "azulejos" tapissant le sol et les murs...Et, dans le couloir du cloître, des portes en bois massif donnant dans les chambres...six en tout, avec salles de bains privatives, cela va de soi. Des chambres directement inspirées dans leur déco, du célèbre parador de l'Alhambra. Et Bien sûr, même utilisation de l'air-sampler et du light-sampler pour ce très joli cloître hispano-arabe.
Le premier sous-sol qui donne directement sur l'entrée principale est nettement plus moderne dans son style. Fred a vraiment voulu ce contraste violent entre le très ancien et l'ultra moderne. D'abord la cuisine, "full-options", faisant face à l'entrée. A droite.....une grande salle, ambiance et aménagement lounge-bar : lumière tamisée..tout le sol en marbre noir nervuré de blanc...meubles ultra-design, rétractables dans le sol (et oui, quand on fait une grande fête, c'est très pratique d'agrandir la salle grâce aux meubles rétractables). D'un côté de la salle, très joli bar tout en verre....De l'autre, et prenant toute la hauteur du mur, un aquarium géant.
En suivant le couloir qui sépare la cuisine de la salle principale on accède à une pièce qui pourrait faire penser à une petite salle de projection, exceptée qu'elle est munie en son centre, d'une immense console rappelant les tables de mixage les plus perfectionnées du moment.
C'est le coeur de l'Underground....son centre nerveux....C'est de là que tout le complexe U.D. est géré...c'est là qu'est situé l'ordinateur central...Et c'est de là qu'on peut visionner, grâce au Screenview surboosté (dimensionnement de l'image maximal, trente pour cent de plus que ce que l'on peut trouver dans le commerce), tous les fichiers, images en temps réel piratées sur les caméras de ville, images satellites, etc, etc.......enfin, tout est disponible, grâce à un système de "hackage" permanent, discret et intelligent , mis au point, après des nuits d'insomnie, par Jean et Ahmed. C'est une fabuleuse connexion au monde extérieur. C'est de là, d'ailleurs que Tony a appelé Fred sur son Pda, en brouillant la source de l'appel.
Et c'est maintenant là, que se sont réunis Tony, Ahmed et Marcia, non pas pour pirater le Pentagone, mais simplement pour regarder un bon film avant d'aller se coucher......car les fauteuils y sont très confortables et le Screenview, d'excellente qualité !!!
-Moi, je me materai bien un vieux Tarentino, si vous gêne pas..(Ahmed)
-ah mais, avec plaisir...tu sais bien que je suis fan (Tony)
-Si, va bién pour moi aussi, les garçons....j'adoré John Travolta quand il est avec son short et son tee-shirt!! (Marcia)
L'image se forme sur le mur.....premières scènes du film "Pulp Fiction" : une nana et son mec, hyper amoureux, genre gentil petit couple, assis face à face dans un resto américain sont en train de régler les derniers détails de leur imminent braquage...ils s'embrassent tendrement avant de dégainer leur flingue devant les clients du resto médusés. Tony savoure et avale une gorgée de "Marokko"...ses doigts s'entremêlent instinctivement à ceux de Marcia. Il est aussi super content d'avoir Ahmed à ses côtés, qu'il n'avait pas vu depuis longtemps.
Ils vont pouvoir faire du bon boulot ensemble pour retrouver leur pote.....
FIN DU 4EME EPISODE.
Copyright. 13.09.2007
